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Work, Work, Work (Pub, Club, Sleep)

24 mars 2014

There is water here, there is shapeless mass

J'ai dû partir 3 jours à Paris, pour me changer les idées, pour raconter mon malheur à mes copines, à ma soeur. Parce qu'ici je n'ai vu que mon mec et des infirmières, au bout de deux semaines je me suis surprise à tout déballer sans ménagement à ma productrice, juste parce que c'était la première personne que je voyais depuis tout ça. C'est le truc contradictoire par essence, mon cerveau avait beau être tout à fait raisonné, mon corps criait l'inverse. En parler c'est comme ça aussi, c'est bien trop intime pour l'étaler, il faudrait pourtant faire l'acte militant de briser le tabou. Le timing était parfait, la loi était en pleine discussion à l'assemblée, les gens défilaient dans la rue, on ne pouvait pas ouvrir l'internet ni la television sans entendre parler d'ivg.

 

J'en ai pas parlé à ma mère. On n'a pas ce genre de relation. Déjà la première fois j'ai attendu trois mois, et qu'elle ait bien pris son billet pour presqu'un an au bout du monde. ça l'a rendue triste, elle sait pourtant qu'elle nous a élevés dans cette culture du secret. Quand mon père, au dessus du plateau d'échecs, dans la salle de jeu multicolore de l'hopital psychiatrique, s'est mis à insinuer des horreurs à ma petite soeur, on a réalisé le tabou qui entourait leur divorce. Pourquoi, comment, on se souvient juste que du jour au lendemain, elle nous a forcé à chanter dans l'armoire du salon "tout va très bien, madame la marquise" et hop, on déménageait à 700 km. Elle commence tout juste à réaliser que les non dits empoisonnent les gens, pourtant notre famille se porte plutôt bien malgré les circonstances. On n'est juste pas très proches, pas comme ça. Maintenant elle affirme qu'il faut dire les choses, elle a envoyé une longue lettre à ma petite soeur pour raconter mon père, notre enfance, notre départ. Rien d'anormal. Puis lui nous raconte que la maladie s'est réveillée à la naissance de ma petite soeur, parce qu'il n'en voulait pas, et que ma mère l'a faite quand même. Il est devenu fou. Je suis effarée de la responsabilité qu'elle se retrouve à porter, du mal que ça continue de lui faire.

La semaine dernière, ma mère me raconte qu'elle a eu une extinction de voix à la naissance de mon neveu. Que ses amies un peu hippies lui disent que c'est signe d'un malaise non-dit à propos de cette naissance. J'aurais pu sauter sur l'occasion, lui raconter ma nuit à chialer parce que je venais de prendre les cachets quand j'ai reçu l'annonce de la naissance. Je n'ai rien pu dire, je n'aime pas encourager les théories hippies sur les extinctions de voix. Je pense à mon père qui bascule, à mon mec pas très stable non plus, j'écoute les hippies en boucle.

 

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09 mars 2013

You were sort of punk rock, I grew up on hiphop

C'est de se retrouver seule, même s'il est juste derrière moi son dos contre le mien. C'est toujours de ce silence-là que soudain il faut écrire. Ensuite il s'est retourné, moi aussi, et c'est passé, j'ai oublié les phrases qui m'était venues toutes ces fois. Je suis quand même revenue lire mes archives, j'ai galéré à retrouver mes identifiants, j'ai publié le dernier brouillon. J'ai failli poster ici plusieurs fois, je l'ai fait dans ma tête en tous cas. A chaque fois pour raconter l'année d'avant. Je sais pas pourquoi j'ai ce réflexe souvent de me souvenir où j'étais il y a un an. Je n'avais plus de journal ici, j'ai certainement dû le twitter. Pourtant comme ça je ne suis pas très anniversaire. A la banque on s'est regardés longtemps en silence, puis en riant on a fini par chercher dans le livret la date de notre mariage. Les souvenirs, pas les dates. Finalement j'ai jamais fait cette note sur NY, ni sur tout ce qui a suivi. Un film, un retour, une amitié perdue, une inconscience, les festivals, un autre film, la vie. Je viens de remonter mon twitter de l'époque, je devrais reprendre celui là, arrêter de mélanger le privé et le public, faire attention un peu.

Il y a un an, un truc du genre je vomissais du jus d'avocat dans un caniveau de Casablanca. Il y a deux ans "Cocain on a Brooklyn rooftop, hello cliché!". L'inventaire depuis, bien sûr des trucs qui changent. Une date que je me suis surprise à retenir, quand j'ai dû répondre "on est le 9 décembre" il y a 3 mois, je me suis demandé un instant pourquoi cette date me paraissait si familière. Ha. Oui. Souvenir combiné de toutes les secrétaires médicales que j'ai croisées en 2012 qui tournent alors les 2 disques avec l'attache parisienne et qui notent les semaines écoulées. Et un peu comme NY, depuis j'attends la claque. J'avais regardé pleins d'emissions sur le sujet, et toutes ces filles qui te racontent la vague d'amour au premier échange de regard, le truc à te faire sentir mauvaise mère dès les premières minutes. En vrai je culpabilise pas, j'essaie de me rassurer à me dire que c'est peut être plus sain. Parfois je réalise un peu, c'est bizarre d'être le special someone de quelqu'un. Moi qui suis si peu tactile j'ai bien dû accepter d'être le contact magique et l'odeur du réconfort. Je fais du zèle pour ne pas changer, je me suis pas arrétée de travailler ni de pédaler, j'ai passé mon temps à revendiquer que tout allait bien. Peut être aussi parce qu'à chaque plainte il me ressort des horreurs, comme si ces 3 jours de crises en janvier n'avaient jamais trouvé de conclusion.

Finalement ça va faire 6 mois, je crois qu'enfin j'y arrive, c'est pas une vague, c'est petit à petit... j'ai un coeur de pierre sûrement, s'il disparaît je ne suis pas encore certaine d'être dévastée, mais j'aime bien quand il se cache dans mon cou, c'est déjà ça.

 

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26 mars 2011

Jumped in oceans raging seas

Both way open jaws, transport express directement sur mon bureau beige qui filait mes collants, je mets très fort pour rester concentrée, y'a toujours des mecs qui hurlent des horreurs dans mon wagon, y'a toujours une conne pour essayer de crier plus fort, je sors à Fulton street, prendre uptown pour aller downtown, logique, le retour en terres américaines c'est mon enfermement dans un projet trop gros pour mes épaules d'expat qui ne sait pas demander de l'aide. On m'en a offert, on me l'a reprise, je me suis retrouvée toute seule et finalement j'apprends dans la douleur que malgré toutes les équipes que l'on monte je rentre dans un métier de solitaire. Un casting tout en awkwardness, un conflit israelo-palestinien sur mon plateau de répétitions, une évidence comme on te les raconte dans les making of, elle est entrée elle a dit la première phrase et c'était elle. Je me suis moquée de ma propre façon de me prendre au sérieux, en vrai j'hésite toujours à prendre ça au sérieux, je dédramatise et je blague gentiment mais à chaque cut je m'enfuis quelque part pour reprendre mon souffle. You're overreacting il dit, et j'essaie de lui expliquer que si je ne prenais pas ça à coeur, ça serait inquiétant quand même. Il me dit que c'est pas comme ça qu'on dirige, que s'il arrive en retard c'est de ma faute, il change son lanning toutes les heures et quelques instants avant de tourner la fin il me dit comme ça, accroupi dans la salle de bain, qu'il pense qu'il aurait mieux fait de ne pas accepter de faire ce film. Évidemment. Le don du perfect timing, je collapse dans la baignoire, il s'excuse, il oublie tout, il met tout par terre tandis qu'elle installe consciencieusement sa poche de sang dans son jean. L'heure d'assumer les erreurs de casting, et tout le monde a l'air de trouver ça tellement normal, parce que c'est un acteur, that's what actors do. Okay. Je termine en catastrophe, j'avale les reproches et les "there's no easy way to say this, we lost all the master shots of the first scene".

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02 mars 2011

We would go far into the sea

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Chaque nuit j'ouvre les yeux et encore à demi consciente je cherche au dessus les indices qui me diront où je suis. Je viens de réaliser que ça m'arrive toutes les nuits, à Toulouse, Pornic, Tunis, Paris 12, Paris 13, Brooklyn, et Boulogne sur mer. Je connais chaque plafond, et pourtant chaque nuit reste sans réponse, j'ouvre les yeux, quel est ce décor, où suis-je, haaaa, je referme. Sur le canapé de Boulogne sur mer, donc, y'a un gripboy avec des cheveux en bordel qui me parle de la nostalgie de nos endroits d'enfances, des origines, d'être 'homesick' dans sa propre maison. Je me demande s'il s'est renseigné avant de venir me tchatcher comme ça, allongé en bataille, où si c'est une espèce de rencontre magique que je vais pas tarder à regretter... En même temps, ça fait partie du jeu, chaque tournage appelle son flirt, on en a fait une marque déposée, le beguin de tournage, ce mec qui va te donner le courage de te lever à 6h du mat tous les jours et de quand même faire quelques efforts de mise en forme... De toutes façons j'ai pris l'avion sans bagage, j'ai 2 jupes et 2 robes et des collants filés, lui il vient me remercier à l'oreille parce qu'il a vu mes seins quand je déplaçais la passerelle sur le bassin, le look de pute sur le plateau : check. Finalement je crois que cette histoire de drague décomplexée en tournage est intégrée par tout le monde, personne n'était célibataire et ça chauffait derrière chaque projecteur. Après j'ai essayé de me cacher un peu, parce que je suis plus en état de refuser quoi que ce soit (2 mois déjà, 2 more to go), mais il était très fort pour me dénicher  dans l'atelier pour débattre du principe d'incertitude et de la recette de la Mloukheya, me demander pourquoi je le regarde comme ça, et soudain c'est vrai que je suis mariée? Oui c'est vrai putain, mec, je suis mariée à un homme qui te ressemble un peu trop, les cheveux en moins, ou en fait c'est juste votre coté tunisien/mal rasé/j'aime la physique quantique/et les mangas obscurs : haha en fait je fais juste un énorme transfert, tout va très bien, rien de trop grave, lalala. Je l'ai soigneusement évité pendant la séance de gros calin de fin de tournage, je lui ai à peine dit aurevoir, j'ai sauté dans l'avion, et maintenant je ressasse. C'est marrant comme à chaque fois je me fais les mêmes histoires, les mêmes rencontres qui n'iront nulle part, et comme à chaque fois elles me posent la même question. Dans trois jours si tout va bien je l'aurais oublié, je serais (re)passée au gripboy new yorkais ou à cet indien limite underaged qui me paie des bières en essayant de me convertir en supporter des Knicks. Rentrer à New York comme sortie d'un rêve, ne pas se sentir at home du tout, la neige a fondu, ce qui m'arrange pas trop j'en avais besoin pour tourner.

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21 janvier 2011

I'll send you my love on a wire

A 4h du matin dans le taxi, traverser la Garonne un peu trop vite, c'est pas encore la gueule de bois, j'en suis au point de chialer quelque chose proche du martini pur. Une bouteille à nous deux, quelques noix, Jordan qui gribouillait sur la table, Faustine le visage creux gris de fraiche rupture, on a réussi à en rire pour ne surtout pas penser aux prochaines heures pour les prochains mois. Finalement trop bourrés pour le goodbye sex, ça m'apprendra. Le chauffeur fait mine de comprendre, il a une boîte de mouchoirs de psy, je l'ignore par la fenêtre, la Garonne, Blagnac. L'excédent de bagage c'est mon gros disque dur plein de tout ce qu'il faut finir, je n'ai pas vraiment de bagage à main, je crache 50€ quelle organisation. J'écoute l'ami Bertrand qui peuple parfaitement la torpeur des aéroports, je survole Bruxelles à  l'aube et c'est tellement beau je me demande pourquoi partir.

J'ai attendu ma claque, en tirant ma valise dans le Air train, en tentant de sortir à Nostrand, en pataugeant dans la neige bouillie. J'habite l'équivalent de châteaurouge/châteaud'eau, les gens sont très gentils, les maisons sont mignonnes, mais pour l'instant rien ne vient. Manhattan, vite fait parce qu'en fait je passe mes journées entre un métro cracra et un écran d'ordinateur. Comme à Paris, comme dans n'importe quelle grande ville occidentale. Oui c'est haut, les gens vont vite, il parait que tout s'y passe, mais le MoMa est blindé de monde et moins chouette que Beaubourg, les bagels sont remplis d'une couche de 5 cm de cream cheese (pourtant je voue un culte au cream cheese mais je n'ai pas su finir), je comprends pas la différence entre un muffin et un cupcake, Topshop est la plus grande arnaque du prêt à porter (qualité H&M pour 3 fois le prix), les carottes sont amères, le café est dégueulasse, j'ai vu en courant un des symboles touristiques de la ville : Time Square, un panneau publicitaire géant (très représentatif), il fait nuit à 16h30, il caille sa mère et j'arrive pas à trouver un manteau. Accessoirement, je suis pauvre.

Je crois qu'il me manque la mythologie de départ, le NYC en touriste, je comprends pas tout ce ramdam des jeunes hypeux qui se font leur semaine à Manhattan, leur aprème à Williamsburg et qui reviennent en rêvant d'y vivre, qui te parlent de leur grosse claque, tu vas voir c'est génial, t'as trop de la chance. Pour l'instant, j'ai surtout des tonnes de boulot tout en anglais, des scénarios à écrire, un film à tourner avant avril, un clip à faire, une série TV à créer. Je suis super enthousiaste, même si j'ai l'air de grommeler comme ça (j'ai le droit ici seulement), c'est juste que j'aimerais qu'on m'explique quand vient la claque de l'American way of life, quand est ce que je vais me dire qu'en effet c'est vraiment différent. J'ai l'impression d'être à Paris en plus grand, d'ailleurs la ville est peuplée de français, où que j'aille, dans la rue, au wholefood, au liquor store, en cours (!!) et dans n'importe quel métro les gens parlent français. Dépaysement total. A part ça, on a tous à peu près la même garde robe, on écoute la même musique, on aime les même films, on regarde les même séries et on rit aux même bagues... J'imagine qu'une école de cinéma réduit certainement le décalage possible, c'est juste un peu frustrant (heureusement ma coloc est haïtienne).

Pendant ce temps, de l'autre coté de la terre, y'en a un qui se nourrit exclusivement de semoule en regardant les infos tunisiennes en boucle et d'autres qui se préparent à tourner mon scénario, avec mon frère et mon caisson subaquatique... j'ai mal au ventre à chaque cœur sur Gtalk et à chaque photo made in Boulogne-sur-mer que je reçois. Parfois je regrette d'être partie, puis je me dit déjà un mois,  surtout plus que 3, faudrait songer à en profiter. Heureusement, j'ai quelques boutons faciles à pousser pour marcher vite sur la 23rd, accélérer mon bpm interne et retrouver le duwah...

 

ou Sleepyhead, ça marche toujours.

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30 novembre 2010

Dance until you're her

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J'ai encore toujours ce réflexe de venir relire ici pour retrouver les mois perdus, en septembre j'ai dû laisser l'ancien agenda dans une pile de merdier dans le bureau, je n'ai plus rien pour savoir, j'ai déjà oublié 2009/2010. Je voudrais trouver un agenda de vie, une demi année par page, de 1985 à plus tard, pour garder toujours une trace avec moi, sans devoir chaque rentrée me débarrasser de l'année passée. J'essaie de me souvenir depuis juillet...

En août j'ai traîné ma soeur très tôt dans le jardin et sur la plage déserte puis très tard dans l'océan et le karoke pourrave de bord de mer. Elle s'est laissée faire sauvagement pendant que je galérais avec mon dispositif de tournage complètement à l'arrache, cette fois pas de terreur de pellicule ou de lumière,  plutôt une espèce de liberté totale presque plus angoissante... j'oublie de réfléchir, j'essaie de me défendre avec du bidon sur l'instinct et l'improvisation, en vrai je sais même plus ce que je fous là, quelle histoire il faut filmer, encore moins comment je vais monter tout ça, j'appuie sur le bouton et je laisse faire, j'essaie juste que ça reste joli, le résultat est surtout très flou.

Après on rentre à Toulouse reprendre le cours de tous ces tournages à préparer, je perds déjà le fil, elle s'occupe de dérusher et m'emmène faire de l'aviron sur la Garonne et jouer aux échecs sur la prairie. Il fait 40°, on regarde les gouttes de brume s'accrocher à nos bras en calculant l'anarchie de nos cycles, on se coupe les cheveux, on bronze encore un peu.

En septembre il m'emmène à Tunis en plein milieu de ma préparation overbookée d'un petit film trop ambitieux pour nos petites épaules (nos petits comptes en banque surtout). Je tourne en rond sans rien pouvoir avancer, le grand retour du cauchemar catastrophe où le travail en retard me poursuit pour me bouffer, ou un truc comme ça. Je me réveille en hurlant mais au moins il est avec moi (l'avantage d'avoir signé). En pleine nuit ses approches frigo se heurtent au zèle de sa petite soeur qui doit s'assurer de notre respect total du ramadan... on a tenu les trois jours qui restaient pour faire bonne impression, en mangeant du mesfouf la nuit et en regardant Fatafeet toute la journée. J'ai quand même fini par le traîner à la plage désertée, pour oublier qu'un oncle venait de mourir et que la télé ne parlait que du 11 septembre. Encore une fois nager...

En rentrant, la spirale du tournage d'une autre, donc. Deux semaines un peu magiques où tout le monde s'aime un peu trop et où la moitié des journées se finissent en comédie musicale sur le plateau, mine de rien on termine à l'heure et en ordre, très bien. En octobre, il me reste une semaine pour regarder mes 12 heures de rushes (fiction documentaire, plus jamais), faire un bout à bout et soutenir mon film. Je replonge dedans, j'essaie d'aller vite, je passe de 45 minutes à 22 entre les deux derniers jours, la soutenance se passe très bien. Je commence à accepter la fatalité de ma procrastination maladive : il me faut sans cesse trouver des deadlines. Justement, la nana responsable des festivals m'en donne plein, il me faut une deuxième version pour le 30 octobre, des sous titres pour le 30 novembre, une version finale pour une projection le premier décembre.

En novembre, donc, je suis partie 15 jours dans les landes voir l'océan sous la tempête et écrire un filmdefindetudes (comme quoi c'était super urgent) en atelier scénario. Il faisait froid mais y'avait des plaids, du vin et des gens plutôt chouettes. C'était vraiment pas le moment de prendre du temps loin de final cut mais ça sentait l'automne et l'océan, quoi qu'il arrive j'aurais sûrement glandé tout ce temps avant de me speeder à la fin du mois. Ensuite les cours ont repris, j'ai reçu la confirmation pour New York, et ces derniers jours c'est un peu tout en même temps, les naissances et les deuils, le montage final, l'étalonnage, le mixage, les sous titres, la paperasserie pour le visa, les 12000$ à mendier, les vaccins, les exercices de découpage, les inscriptions aux cours du spring semester et craigslist brooklyn. Demain soir ça sera peut être ma seule projection en festival de ma vie, j'ai déjà mal au ventre mais après ça je ne serais plus obligée de revoir ce film, je passerai à la suite, ça ira.

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21 juillet 2010

Living next door to challenge

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J'y suis quand même allée, on m'a appelée le matin même en disant OK pour le spring semester à new york, du coup j'avais plus trop envie de passer 6 mois en boite de pub entre le bar à fruits et les bancs TV, entre les espèces de meufs que je pourrais m'amuser à décrire, mais qu'est ce que tu peux dire à part des meufs de la pub, tu vois. Tu vois forcément. Je les ai attendues longtemps en plus, vu qu'elles étaient en train de faire des plans de réaménagement de l'open space des TV producers. J'y suis allée quand même, j'ai dit j'adore la pub, en regardant mes ongles que j'avais coupé aux neuf dixièmes. Mais j'avais plus envie. Il me restait mon pouce là, j'avais failli le tailler aussi, avant de me rappeler douloureusement que j'avais une pellicule à charger dans la Bolex avant la fin de semaine, dans le noir, la caméra ouverte sur les genoux, entraîner la bande et la récupérer de l'autre coté, pour la coincer dans la bobine de réception, dans le noir il te faut l'ongle du pouce droit dans la rainure, et tu glisses dessus jusqu'à ce qu'elle rentre, puis tu plies et tu enroules un peu en serrant bien. Après c'est bon, tu fermes. Tu peux rallumer la lumière, faire tourner un peu le moteur. J'ai cru que ça passerait alors, mais j'ai eu mal au ventre, tordu comme ça, jusqu'à ce que je l'entende se décrocher, le lendemain, sur le premier plan du film et le dernier de ma bobine.

Je ne sais même pas si j'aime ça, si tourner me rend malade comme ça juste parce que je n'en suis qu'au bricolage en pellicule (et que 30 mètres de pellicule ça fait 2'30 de rushes) ou bien si je vais commencer à apprécier quand j'aurais une vraie équipe pour gérer tout ce qui ne concerne pas la mise en scène... Alors je choisis spécialité réalisation, parce que je déteste brancher du câble et fixer des gélat, monter des projo et régler des niveaux, et même si filmer des gens ça me terrifie, si je déteste imposer la lourdeur d'un tournage à ceux que j'entraîne dans mes mini fictions sans intérêt,  je me laisse tenter pour quelques années, pouvoir prendre le temps de faire quelques films et voir ce que ça donne... Mon plus sceptique soutien m'attend avec ses démoralisations systématiques entre le canapé et la vaisselle, il voudrait y croire mais il n'y arrive pas, il a le mot fatal pour chaque projet et la critique démolitive. Pour se faire pardonner et pour y trouver un intérêt technologeek il m'équipe en full hd, j'ai 2 films à rendre en septembre, je me lance dans le projet guérilla sans équipe sans lumière et sans acteur, médiocrement n'importe quoi. Je passe le mois de juillet dans la phase la mieux, il faut avouer. L'écriture partout, sous la douche et sur le vélo, le choix méticuleux d'un nouveau carnet de film et la préparation de pas grand chose puisque tout s'improvise... acheter quelques fringues à mettre sur ma petite sœur puisque c'est elle qui joue et regarder des tonnes de films pour me souvenir comment faire.

Et puis je suis partie 10 jours en atelier d'écriture intensive, j'ai écrit intensivement pour chaque jour me faire démonter intensivement aussi. Chaque professionnel qui t'offre gracieusement un retour sur ton scénario voudrait que t'en changes la moitié, jamais la même, toujours très argumenté. Au bout de quatre heures à tout retourner je ne sentais plus mes jambes, l'estomac à nouveau noué et les nerfs aux bords des yeux, je me suis noyée dans le pastis sous le ciel d'Ariège, et tous les jours pourtant j'ai recommencé, j'ai réécrit, j'ai repris 4 heures de retours, j'ai reperdu mes jambes. Le dernier soir sous le feu d'artifice j'ai perdu le reste, jusqu'à la conscience sur le sol pendant quelques heures, ingérer et recracher du concept narratif et du dialogue à s'en rendre malade, sans prendre le temps de digérer, finir par tout lâcher, les nerfs au fond de la cuvette la tête contre le carrelage. Puis je suis rentrée, je partage mon temps entre l'ingurgitation d'images et le boulot pour les autres, j'avance mon départ et je raye tout dans mon carnet. Je sens les choses venir puis s'effacer, je me repose sur le paysage qui j'imagine sera superbe, je verrais bien, les pieds dans l'eau sur le passage du gois au lever du jour, si j'arrive à apprécier l'agréable improvisation ou si je me laisse étouffer par l'urgence de me libérer de la caméra, encore... En attendant je regarde les fourmis envahir ma cuisine au rythme de l'engourdissement de mes mollets sous l'ordinateur, il fait trop chaud, le mois d'aout me tétanise d'avance.

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28 mai 2010

In the eye directly You met me

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J'ai coupé quelques-unes de ses boucles, elles surfent lentement sur la brise qui rafraîchit la terrasse, jusqu'au jardin où elles se perdent parmi les bambous. Il a fini par accepter de garder ses cheveux, il les aimera même sûrement, j'ai coupé les miens très court, il a mis son tshirt préféré et j'ai enfilé une robe claire à peine cousue. Tout nous a semblé bien mieux que ce que nos maigres préparations ne laissaient croire, l'alchimie réussie entre le très peu d'amis d'un peu partout et beaucoup de soleil... Des dizaines d'origamis suspendus, des kilos de fraises à l'heure du champagne pour très vite abandonner les chaussures et les vestes, descendre à la plage, savourer l'océan absolument parfait... À la tombée de la nuit, une guirlande de kermesse autour du jardin, une orgie de makis, de gyozas, de sorbets et de mojitos, et déjà tout le monde danse comme je ne les ai jamais vus danser. Lorsque le soleil s'est levé, on avait réussi la meilleure fête qu'on puisse imaginer, un truc simple et funky, sans stress ni concession aux puissances familiales, pas de bague pas de chemise pas de vieille tante, rien que les gens qu'on aime que l'on peut compter sur nos quatre mains enlacées, qui dansent pieds nus dans l'herbe en mangeant du fait-maison-avec-amour, quelques jours qui nous ressemblent et qui ne changent rien si ce n'est pour les autres. Le lendemain, des youyous.mp3 dans ma boîte mail, j'avais réussi à oublier tout le carton pâte inclut dans le package à la cool, les cousins en rogne et les amis en mousse, y'a du sable dans le livret de famille et de la sauce soja sur ma robe... on a continué pendant trois jours, entre le brunch et les grillades on descendait sur la plage, jusqu'à ce que tout le monde s'en aille progressivement... c'était plutôt chouette.

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30 avril 2010

Picante pero sabroso

Je perds l'équilibre et le contrôle de mes mouvements, après trois coups violents sur le crâne et quelques éléments de décors effondrés sur mes pieds, à 3 heures du matin je m'enroule sur le trottoir où je viens de perdre quelques morceaux de mes jambes. Je voudrais l'abandonner là, le reste de moi qui ne m'obéit plus, je suis bossue, bleue et sang, à chialer sur le bitume de Genève contre ma désorientation lamentable. Je n'arrive pas à croire que tout tienne malgré tout, le plan de tournage à la minute près, une flopée de musiciens latinos obéissants juste ce qu'il faut, un chef op chiant pour l'exemple et tout qui tourne bien. Pourtant je suis en dehors, je dirige en automatique, je demande à tous de rester concentrés et je me blesse comme une idiote. Je souris un peu, je pleure dans les toilettes, je me demande ce que je fous là, à les laisser croire que c'est moi qui les tient. Puis l'on passe en tournage de nuit, au petit dèj à 15h, le soleil dans le jardin, mon Argentine fait passer le mate, je saigne encore un peu mais je me tiens droite. L'équipe se réduit, j'intérime quelques postes et plus je travaille mieux je tiens. On passe des nuits dans le conservatoire, je clappe contre le piano accroupie entre un lapin handicapé et un brésilien autiste, en rentrant au lever du jour elle pédale en me racontant ses vies d'avant. Je voudrais presque ne plus partir, rester au bord du fleuve à filmer les turbulences et la couleur de l'eau, nous improviser un crumble en rentrant, alterner le chaï le gingembre et le mate, s'endormir entre eux qui chantonnent la Llorona, il porte encore son costume de mariachi, elle se coupe les ongles, le reste disparaît doucement.

 

J'ai eu du mal à rentrer, la logistique en grève et cet éternel sas d'ajustement. Certainement, plus long l'absence plus délicat le retour, il secoue ses nouvelles boucles en grommelant contre ma bordelique intrusion dans son système solitaire. J'accepte tout, qu'il crie un peu tant qu'il me laisse glisser mes doigts dans ses cheveux inédits, qu'il brise mes résolutions fructivores à coup de pizzas de chaîne et qu'il me regarde la nuit pour profiter de mon silence. Dans le jardin ils ont coupé le figuier, je me méfie du pollen qui lévite jusque dans mes sinus, il fait déjà presque trop chaud, je travaille un peu et je larve beaucoup, je retourne à l'école. Le lieu de tournage nous refuse l'autorisation, je suis tentée de ne plus y croire mais je remplis des dossiers de subventions, pour voir. Ce matin vers 5 heures, la lumière et le bruit j'ai cru que les avions s'écrasaient entre eux au dessus du palmier. J'ai regardé par la fenêtre, le ciel est étrange mais rien de bouge. Un instant à peine, le temps d'une pomme dans la poche et d'un coup de clef, dehors avec mes sacs et trop peu de sommeil j'ai reçu la drache du siècle. C'est déjà l'été, je regarde trop de séries américaines à en oublier les orages. J'arrive à Paris tout est encore humide.

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18 mars 2010

Gelato al Limon

Sur le bois exotique ravagé par l'hiver, je glisse doucement, je ferme les yeux pour quelques secondes seulement, parce que le soleil m'éblouit, il ne faut pas s'endormir parce qu'à cette heure-ci c'est le sommeil mauvais, les cauchemars si particuliers de l'après midi, les contractions douloureuses dans la nuque. Bien sûr que j'ai dormi, je me suis réveillée affolée, avec le souffle coupé, et un léger coup de soleil. Je bricole un peu, je planifie quelques détails qui nous emmerdent déjà, les non invitations, le certificat de coutume, je termine le scénario et je l'abandonne un peu, je marche le long de l'océan et au jardin des plantes de Nantes... Le soir on ne se comprend plus, la tempête a bousillé la ligne vers Bordeaux donc je ne pense pas repasser par Toulouse avant Genève. De toutes façons ça ne l'arrange pas, pas ce weekend, plutôt en semaine quand il travaille. Il ne veut pas me voir tant que je n'ai pas relancé toutes les improbables candidatures, je ne veux pas le voir si c'est pour lui arracher les cheveux de dépit. Je ne veux surtout pas le voir s'il ne veut pas me voir. Je n'ai plus envie du reste, de vieillir un peu plus si c'est ce que ça donne.

gelato

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